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Juillet-août 2017 : rencontre de jeunes "Hiroshima et la paix"

Un jeune gentilléen a représenté la ville à l'occasion d'échanges autour de la paix à Hiroshima, au Japon, avec d'autres jeunes du monde entier. Découvrez son témoignage.

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La ville de Gentilly est membre de l'Association française des communes, départements et régions pour la Paix (AFCDRP), branche française du réseau international "Maires pour la Paix" ou "Mayors for Peace".

"Maires pour la Paix" a mis en place un programme de soutien aux rencontres de jeunes autour de la paix organisées chaque été par l'université de la ville d'Hiroshima, au Japon : "HIROSHIMA ET LA PAIX". Le réseau Maires pour la Paix prend ainsi en charge les frais liés à cette rencontre pour quelques jeunes sélectionnés parmi les collectivités membres à travers le monde (transport, hébergement, restauration). La candidature du jeune gentilléen, Aytug Bozagaoglu, 22 ans, étudiant en droit, ayant postulé pour la bourse a été retenue.

Outre le Gentilléen, seul Français, 8 jeunes ont bénéficié d'une bourse ; leur pays d'origine : l'Allemagne, le Brésil, le Canada, le Royaume-Uni, la Russie et bien évidemment le Japon. D'autres jeunes, principalement asiatiques, ont également participé à la rencontre à Hiroshima, ouverte à tous les jeunes à partir de la deuxième année de licence, avec un bon niveau d'anglais (langue de la rencontre).

Les objectifs de la rencontre sont de découvrir les expériences des survivants du bombardement atomique et d'entendre leur message de paix ainsi que d'échanger avec des personnes de cultures différentes sur la thématique de la paix.

CONTENU DE LA RENCONTRE :

  • Découverte de la langue et de la culture japonaise
  • Réflexions et échanges autour de la notion de "paix" et de la construction de la paix
  • Interventions concernant la bombe atomique et les armes nucléaires
  • Visite de monuments dédiés à la Paix
  • Rencontre avec des survivants des bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki en 1945 (appelés Hibakusha)

Pour connaître le programme détaillé de la rencontre (en anglais, langue de la rencontre), cliquez ici.

Découvrez ci-dessous le témoignage d'Aytug Bozagoaglu à son retour d'Hiroshima, en août 2017, et ensuite quelques photos de son séjour.

Je souhaite partager globalement cette expérience incroyable et unique à l’ensemble des Gentilléens, et plus généralement à l’ensemble des jeunes, afin de sensibiliser à cette cause. Mayors for Peace nous a accueilli-e-s, accompagné-e-s tout au long du programme et nous a extrêmement aidé-e-s dans notre travail quotidien. Nous étions tous très impressionné-e-s par le degré d’organisation et de sympathie de cette association. Nous avons reçu de la part de Mayors for Peace une assistance financière, technique et constructive tout au long du programme.

Le programme s’est déroulé en grande partie à l’université de la ville d’Hiroshima. Les leçons ont été organisées du 1er au 9 août. Ces leçons touchaient à une grande variété de thématiques. Dans un premier temps, nous avons appris à nous connaître à travers une leçon de communication interculturelle. C’était très important car il y avait un réel melting-pot d’origines et de nationalités dans ce programme. Il y avait des Américains, des Russes, une Anglaise, une Allemande, une Canadienne, une Ukrainienne, un Brésilien, des Chinois, un Taïwanais, un Libanais, un Pakistanais ainsi qu’un bon nombre de Japonais. La communication était très importante ; l’ensemble du programme s’est déroulé exclusivement en anglais.

Par la suite, nous avons abordé des points un peu plus techniques de la question. Nous avons compris le fonctionnement scientifique et l’origine de la bombe atomique. Nous avons appris à discerner le fait que le but de l’utilisation de l’arme nucléaire n’était pas de stopper la guerre sur le front japonais mais plutôt de préparer le terrain de la guerre froide en envoyant un message clair à l’URSS de la domination militaire américaine. La bombe nucléaire n'a sauvé aucune vie. Nous avons étudié l’aspect juridique de la bombe, particulièrement intéressant pour moi, et de voir que les puissances nucléaires ne se sont pas investies dans le traité d’interdiction des armes nucléaires. La justification selon laquelle l’arme nucléaire serait dissuasive est nulle et non avenue. En effet, on ne peut pas assurer notre sécurité en menaçant de manière irréversible celle des autres. Le droit n’a pas pour mission de s’adapter aux exigences de "realpolitik" des grandes nations ; le droit a pour mission de mettre la vie humaine au centre de tout.

En parlant de vie humaine, ce programme fut extrêmement chargé en émotions. Nous avons rencontré à deux reprises des "Hibakusha" (nom donné aux survivants du bombardement nucléaire au Japon) qui nous ont fait oublié les aspects techniques des leçons. Des familles déchirées, des séquelles sur le corps humain, des enfants orphelins, la honte de vivre en tant que survivant-e alors que leurs proches ont été massacrés par une seule bombe, voici la facette émotionnelle et la grande réalité d’Hiroshima. Ce qui m’a le plus marqué, c’est l’absence de colère des Hibakusha. Ils savent que les Américains ne sont aussi que des humains et que la colère ne résout aucun problème. C’est pour cela qu’ils ont surtout travaillé à la reconstruction et la transmission de la mémoire de la ville. L’espoir d’un monde meilleur et la volonté d’éviter une nouvelle catastrophe identique sont au cœur de l’engagement d’Hiroshima.
Le Maire d’Hiroshima, président du réseau Mayors for Peace comprenant plus de 7 000 mairies, nous a fait l’honneur de nous recevoir et de nous expliquer la mission de chacun de prendre ses responsabilités pour éviter de nouvelles tragédies. Je lui ai demandé s’il avait un message pour Gentilly, ville d'un pays qui possède l'arme nucléaire. Il m’a répondu que les Japonais n'ont jamais considéré les armes comme une bonne chose : depuis 500 ans, les armes sont interdites ; à l'époque, seuls les samouraïs pouvaient en porter. Il a dit clairement qu'avec les armes on n’obtient pas la paix : ce n’est pas en intimidant les autres pays avec la possession de l’arme nucléaire qu’on obtient la paix. Il demande donc à la société civile de se faire entendre pour que personne ne vive ce qu’ils ont vécu.
Le jour de la cérémonie de commémoration des 72 ans du bombardement, le 6 août, le premier Ministre du Japon, Shinzo Abe, a fait part des mêmes attentes et a exprimé un message solennel de paix aux puissances nucléaires.

Cette expérience est certainement la plus riche que j’ai reçue !

Aytug BOZAGAOGLU